ENTREPRENDRE 2.0 : LE CHOC DES GÉNÉRATIONS
ENTREPRENDRE 2.0
LE CHOC DES NOUVELLES GÉNÉRATIONS
Dans un blogue précédent, Génération C : Pour remettre les pendules à l’heure, je dénonçais un certain imbroglio à propos de la Génération C et des natifs numériques. Comme ce blogue a suscité de très vives réactions, je me dois d’apporter certains détails supplémentaires.
Encore aujourd’hui, on semble confondre trop souvent les deux notions, ce qui alimente une confusion au sein des entreprises et des organisations. Un malentendu qui tient possiblement au fait qu’on cherche encore à caser la nouvelle Génération C dans une tranche d’âge, alors qu’il s’agit d’une notion beaucoup plus complexe.
LES GÉNÉRATIONS : UNE NOTION QUI ÉVOLUE AVEC LA SOCIÉTÉ
En 1928, le sociologue allemand Karl Mannheim soutenait que l’on peut déterminer la tranche d’âge d’une génération selon les changements de comportements sociaux qui la caractérise. À l’époque, on considérait qu’une génération se renouvelle à tous les 16 à 18 ans, soit l’intervalle nécessaire pour assurer la descendance.
Toutefois, à la fin des années 80, la française Claudine Attias-Donfut publiait un ouvrage qui venait contredire cette approche. Dans ce livre, intitulé «Sociologie des générations, l’empreinte du temps», elle avançait que la sociologie générationnelle telle qu’enseignée ne correspond plus à la complexité de la société, qui évolue toujours de plus en plus rapidement.
En 2010, la fracture générationnelle s’élargit encore davantage. Les femmes ont leur premier bébé seulement qu’à la trentaine (29.6 ans), tandis que les générations de jeux vidéo se renouvellent aux 3-4 ans, et que les téléphones intelligents sont remplacés à tous les 2 ans. La société évolue tellement vite qu’une génération est révolue après une quinzaine d’années, tandis que les familles se créent davantage dans la trentaine. On ne peut donc plus considérer les générations seulement selon sa tranche d’âge.
GÉNÉRATION C ET NATIFS NUMÉRIQUES : À NE PAS CONFONDRE
C’est au tournant du siècle que Mark Prensky a introduit la notion de natifs numériques, avec Digital Natives, Digital Immigrants. Avec les nouvelles technologies et Internet qui s’implantaient, il remarquait déjà des changements de comportements et de langage parmi sa nouvelle cohorte d’étudiants (de la génération Y). En 2001, il prévoyait déjà les nouveaux paradigmes générationnels qui allaient s’installer avec l’arrivée de ceux qu’on allait nommer la génération Z, ou les Enfants du Millénaire. Née après 1994, avec l’avènement du World Wide Web, c’est la toute première génération entièrement issue de l’ère numérique, ayant grandie et évoluée avec les nouvelles technologies, les téléphones cellulaires, les jeux vidéo et Internet depuis le berceau.
Quelques années plus tard, c’est en tenant compte de ces nouveaux paradigmes sociaux, observés par Prensky, que le magazine Trendwatching a amené la notion de Génération C. En 2004, l’équipe du magazine américain a choisi d’axer sa recherche sur les traits de comportements communs observés à travers l’utilisation des nouveaux médias sociaux. Ils ont vite constaté que ces traits communs ne s’appliquaient pas seulement aux natifs numériques et aux utilisateurs de la génération Y, mais également aux early adopters de la génération X et des baby-boomers. Naturellement, l’équipe du Trendwatching a étendue son étude sur la Génération C à l’ensemble des utilisateurs du Web social, de 12 à 75 ans.
On doit donc cesser de ramener la notion de Génération C aux seuls utilisateurs de la génération Z, (ou les natifs numériques). Aujourd’hui, de plus en plus de baby-boomers adoptent les médias sociaux, et constituent même le plus important bassin de nouveaux utilisateurs. Il faut donc cesser de mêler les cartes, et plutôt considérer les nouvelles générations par rapport aux changements qu’elles peuvent apporter dans la société, plutôt que par leur tranche d’âge.
LA GÉNÉRATION Z, PORTEUSE DES GRANDS CHANGEMENTS
Enfants des plus vieux de la génération Y et des plus jeunes de la génération X, ils sont nés après la chute du mur de Berlin, et ont vécus leur adolescence durant les premières années du millénaire. Ils ont connus la tragédie des attentats du 2001, les catastrophes naturelles à répétition, et la crise économique globale de 2008-2009. Dans un contexte historique, la situation de la génération Z (ou natifs numériques) peut se comparer à celle de la génération silencieuse des années 30-40 (1929-1945). Une génération qui a évolué à travers les difficultés de la Grande Crise, et de la Deuxième Guerre Mondiale, mais qui fut en même temps porteuse des grands changements d’après-guerre.
Malgré les similitudes, la situation actuelle des jeunes de la génération Z n’est pas aussi dramatique. Elle diffère beaucoup de celles de nos aïeux du fait qu’ils bénéficient aujourd’hui d’outils qui leur permettent de mieux affronter les situations de crise. Aujourd’hui, les natifs numériques maîtrisent parfaitement les nouvelles technologies, et s’en servent abondamment pour se réaliser et améliorer leur quotidien. Selon une récente étude de la firme française Infolab, en collaboration avec Habbo Hotel, les jeunes emos (pour émotionnels) ne conçoivent plus que l’on puisse se passer de ces outils dans la vie de tous les jours, encore moins au travail.
Aussi appelés Echo-Boomers (pour les rapports étroits entretenus avec leurs grand-parents, les boomers), ces jeunes ont une approche multi-tâches naturelle, presqu’innée. Pour eux, le téléphone cellulaire est devenu une extension de leur personne, et Internet leur appartient. Leur vie réelle est pratiquement formatée à partir de leur vie digitale. Les entreprises et les organisations devront donc considérer très sérieusement ces nouveaux paradigmes, pour adopter leur gestion RH en conséquence.
APRÈS LA GÉNÉRATION Z, VOICI VENIR LA GÉNÉRATION ALPHA
Dans une quinzaine d’années, peut-être moins, on assistera à l’arrivée massive d’une nouvelle génération, issue d’un nouveau baby-boom ; la génération ALPHA (nés après 2010). Dans son ouvrage The ABC of XYZ : Understanding The Glogal Generations, co-écrit avec Emily Wolfinger, Mark McCrindle part des recherches de Strauss et Howe, qui avaient identifiés quatre cycles successifs, complétant le cycle entier d’une génération :
· les artistes (la génération silencieuse): indécis et émotionnels, ils ont grandis en pleine crise, surprotégés par leurs parents
· les prophètes (les baby-boomers) : moralisateurs, acharnés, ils vivent à travers leurs valeurs, et sont prêts à se battre pour défendre leurs idées,
· les nomades (la génération X) : cyniques, ils sont plus pragmatiques, mais en même temps plus aventureux, ils ne craignent pas d’abandonner certains acquis en cours de route, pour vivre de nouvelles expériences plus enrichissantes,
· les héros (la génération Y) : énergiques et curieux, ils ont toujours été le centre d’intérêt, et leur réussite actuelle leur apporte la reconnaissance qu’ils recherchent,
Or, dans son ouvrage McCrindle rappelle que la science de la sociologie a démontré que les crises surgissent lorsque les artistes tirent leur révérence, que les prophètes vieillissent, que les nomades deviennent adultes, et que les héros s’affirment dès leur jeunesse. Et, qu’après les crises surviennent aussi les grands changements sociaux…
UN NOUVEAU CHOC DES GÉNÉRATIONS À PRÉVOIR !
Suivant la théorie de McCrindle, au cours des années à venir, on devra donc prévoir un nouveau choc générationnel majeur, qui viendra définitivement modifier l’ordre établi. Les nouveaux paradigmes vont continuer de se heurter, et de se confronter, au rythme accéléré des changements politiques, économiques et technologiques, entrainant de nouveaux chocs d’idéologies et de profondes mutations sociales. Évidemment, les nouvelles générations se trouveront au cœur de ces bouleversements sociaux.
Il faudra poursuivre les recherches et demeurer à l’écoute de leurs attentes, pour mieux comprendre ce qui anime et motive ces nouvelles générations. Pour y arriver, il faudra vite accorder une place plus importante à ce qu’il est dorénavant convenu d’appeler la science du Web, pour vraiment cerner l’impact qu’elles auront sur notre société, nos organisations et nos entreprises.
À travers les médias sociaux, Internet et les nouvelles technologies, la génération Z, et ALPHA après elle, continueront d’évoluer, et de se réaliser individuellement, et professionnellement. Car, ces deux nouvelles générations portent déjà en elles l’avenir de notre société. Les germes d’une prochaine révolution sociale… celle de la gouvernance 2.0 ! À nous d’y voir aussi !
Qu’en pensez-vous ? Exprimez votre opinion et partagez vos idées sur le sujet.
(NOTE: Ce texte est une adaption d’un extrait du livre ENTREPRENDRE 2.0, qui paraîtra à l’automne 2011. Il reprend certains sujets, et soulève certaines thématiques, qui peuvent avoir été traités et publiés sous forme de billets sur mon blogue-portfolio.)
Virage 2.0 
















Et pourtant, aux yeux des "aînés", tout cela (Internet en général et les réseaux sociaux en particulier) passe encore pour un simple "loisir"…!
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